Blog de Catherine Pierdat, auteure

19. sept., 2021

1er chapitre du "Poisson : Symbolisme, Mythes, Légende, spiritualité"

En primeur, je vous offre sur ce blog, ci-dessous, le premier chapitre de mon livre sur le symbolisme du Poisson.
L’ouvrage n’est actuellement disponible que sur Amazon (en livre papier et en ebook Kindel), et j’en suis navrée, car je sais que beaucoup d’entre vous boudent ce libraire pour des raisons que je comprends et accepte.
Mais cela va changer, car j’ai prévu d’autres points de vente. Bien sûr, il faudra patienter quelque temps. J’organise tout moi-même, étant donné que je suis auto-éditrice. (J’en reparlerai dans un autre post).

Voilà le premier chapitre. Je vous en souhaite une bonne lecture.

***

Chapitre I : Les origines
 

Préhistoire
 
Dès le Paléolithique, le poisson est représenté gravé sur des os, des bois de rennes, parfois en peintures ou dessins pariétaux. Un saumon*[1] de 1,05 m est gravé sur la voûte de l’« abri au poisson », grotte du Périgord Noir. Il est daté de 25 000 ans.
La représentation des poissons est souvent très proche de la réalité. Leur rôle est sans doute le même que les peintures animalières que l’on a découvertes à Lascaux et à la grotte Chauvet. L’auroch côtoie le cheval, le rhinocéros laineux et le mammouth. Exécutées de main de maître, ces figures vieilles de 20 000 à 35 000 ans semblent vivantes, comme jaillissantes des parois. C’est l’obscurité et le confinement de l’air qui % a préservées.
Leur rôle, donc, est sans doute magique. Le chaman se focalisait sur l’image de l’animal avec qui il voulait entrer en contact. L’esprit du chaman et celui de l’animal ne faisaient qu’un.
Ces animaux sont le symbole de la vie pour l’homme de ces époques lointaines. Ils ne sont pas des représentations du « bétail » dans le sens qu’on lui donne aujourd’hui et qui désigne la bête domestiquée qui finira ses jours aux abattoirs.
Pour l’homo sapiens et l’homme de Cro-Magnon, la grotte profonde, obscure, est l’utérus de la terre. C’est un sanctuaire, un temple où l’on rencontre l’Esprit de la nature, l’Esprit des êtres vivants. Les animaux peints dans l’utérus — la grotte — renaîtront à la surface de la Terre et fourniront la viande pour que survive le clan.
L’homme ne se sent pas supérieur aux autres animaux. Ils — humains et animaux — combattent d’égal à égal pour survivre. Mais l’humain est si dépourvu de griffes et de crocs qu’il doit se confectionner des outils et des armes en silex et en bois. Il possède l’intelligence et la dextérité pour le faire. Cependant, le gros gibier reste difficile à chasser. Avec les changements climatiques, certaines espèces se font de plus en plus rares. C’est le cas du mammouth et du rhinocéros en Europe occidentale.
L’homo sapiens ne vit pas dans les grottes. Il préfère les abords de l’eau vive des rivières, des étangs et des lacs où abondent les poissons et les oiseaux aquatiques, et c’est seulement au début de la saison froide qu’il migre vers les abris sous roche pour y planter ses tentes de peaux et de branchages. Au printemps, il regagne les régions lacustres où il trouve l’eau nécessaire à sa vie, mais aussi une nourriture foisonnante. Les nombreux harpons en os ou bois de cervidés attestent de la pêche.
À l’aube des temps, les hominidés vénéraient une déesse qui se manifestait à eux sous des formes diverses, mais toujours animales. Son culte est attesté au Paléolithique supérieur (cf. Marija Gimbutas, Le langage de la Déesse). Pour les hominidés du Paléolithique, dans un environnement hostile, au climat rude, l’espérance de vie n’excédait pas la trentaine d’années. Dès qu’un membre du clan trouvait la mort, il devait être « remplacé » par un nouveau-né si l’on souhaitait que la démographie reste stable. Un clan, ou une tribu qui ne se régénérait pas était voué à sa disparition totale, c’est-à-dire au non-être, au néant de la race humaine. L’homo sapiens a conscience de la mort. Celle-ci rôde, elle est là, partout autour de lui et il l’accepte non seulement comme une divinité, mais aussi comme un bien nécessaire à la régénération par la réincarnation. L’équilibre entre vivants et morts devait être maintenu à chaque génération afin de rendre possible la réincarnation.
 
Il existe des statuettes en ivoire ou en pierre bien loin du réalisme figuratif des peintures pariétales. Ce sont :
 
1°) les statuettes féminines dites « Vénus » ; le terme de Vénus est impropre, car elles ne sont pas des représentations de la femme ni d’une déesse, mais d’un concept, celui de la vie et de sa force créatrice. La Déesse est créatrice de vie. La fertilité n’est pas une de ses fonctions, et la sexualité n’entre pas en jeu. Les formes proéminentes des seins, des fesses, du ventre, de la vulve, sont des symboles du pouvoir profond de la régénération. Ces « Vénus » ne vont pas enfanter comme le font les femmes, mais elles vont faire renaître le défunt dans le corps d’un nouveau-né vivant. Ces « Vénus » ne sont pas des « beautés, et encore moins des épouses des dieux »[2]. Elles n’ont pas à être fécondées par un dieu.
 
2°) la déesse-poisson et la déesse-oiseau (ainsi que la déesse-hérisson, et la déesse-grenouille qui tiennent des rôles similaires (cf. Le langage de la Déesse).
 
 

Déesse-poisson – Déesse-oiseau
 
Le poisson est une épiphanie (apparition vivante) de la Déesse dans sa fonction de régénératrice. La Déesse-poisson est une des incarnations des pouvoirs de transformations. Elle personnifie la vie, la mort, et la régénération[3].
La Déesse-poisson, au Néolithique, est parfaitement représentée dans la région des Portes de Fer dans l’ex-Yougoslavie. 154 sculptures en grès rouge ont été mises au jour lors de la fouille d’un sanctuaire de forme triangulaire. La plupart de ces sculptures ont été réalisées à partir de galets de rivière déjà de forme ovoïde et de tailles plus ou moins grandes. Elles représentent la Déesse-poisson (fig. 1). Bien qu’anthropomorphe, sa bouche est celle d’un poisson. Elle possède des griffes d’oiseaux en guise de mains, ainsi qu’une vulve et des seins. Certaines de ces statuettes sont décorées de chevrons, de zigzags, ou de labyrinthes.
Le rouge du grès et le revêtement des parois du sanctuaire en chaux de teinte également rouge sont un symbole puissant de la vie, en l’occurrence de la vie après la mort. Ce site sacré présente des os d’animaux sacrifiés, des squelettes presque intacts de chiens, des arêtes de poissons, dont celles d’un poisson-chat de 140 à 180 kg, mais aussi des cerfs et des sangliers. Tous ces animaux sont connus dans la préhistoire et au début de l’ère historique comme liés à la Déesse selon ses aspects : celle qui donne la vie (cerf et poissons) ; celle qui donne la mort (chien et sanglier). Il est évident que, dans ce lieu, la Déesse-poisson reste la principale déité à être révérée.
« Tout au long de la préhistoire, le poisson a été assimilé à l’utérus de la déesse »[4]. Étant un symbole du devenir, il a été très tôt associé à la vulve, au filet, au zigzag, au signe M qui plus tard, à l’époque historique, deviendra la lettre M, à la spirale, aux lignes parallèles et ondulées, à la mandorle, au triangle, au labyrinthe, aux pousses de jeunes plantes, également au signe X formé de deux triangles pubiens, au losange qui est la maille du filet formée, elle aussi, de deux triangles pubiens, mais tête-bêche. La mandorle n’est autre qu’un losange dont on aurait raboté deux angles pour adoucir sa forme et lui donner une forte ressemblance à la vulve. Tous ces symboles sont liés à l’humidité, à l’eau qui porte la vie, c’est-à-dire l’eau vive, comme les rivières, les sources, les lacs, la mer. « L’humidité du poisson et celle de l’utérus sont sans doute synonymes depuis l’aube de la préhistoire », dit Marija Gimbutas[5].
 
L’image de la femme à tête d’oiseau apparaît dès le Paléolithique supérieur. Les « Vénus » à becs de la culture magdalénienne en sont des exemples connus. Les principaux symboles de la Déesse-oiseau sont les seins et les chevrons (V). Leur association pour désigner la Déesse s’est maintenue pendant de nombreux millénaires après le Paléolithique au Proche-Orient et en Europe occidentale. Une grande sculpture découverte à Capdenac-le-Haut, dans le sud de la France, est une représentation de la Déesse-oiseau (fig. 2). D’une hauteur de 50 cm, elle arbore un grand V, une paire de seins ronds, deux yeux ronds faciaux comme ceux des chouettes et des hiboux, deux pattes à trois doigts. Sa bouche en cercle est source de vie. Les seins sont source d’humidité. Cette représentation en pierre date de 4 000 ans av. J.-C.
Une statuette plus ancienne (5 900-5 700 av. J.-C.), mise au jour en Thessalie, représente une créature ailée avec des seins de femme. Elle possède un bec, un long cou et une sorte de « coiffure ».
La Déesse-oiseau est parfois déesse de la mort, sous sa forme nocturne ou sous l’apparence d’oiseaux de proie, vautour, hibou, chouette, mais aussi colombe[6]. La colombe est blanche comme les os des morts, ce qui explique son association à la mort. Mais nous ne devons pas perdre de vue que cet aspect de la Déesse-oiseau est un passage, pour une transformation et une régénération.
La Déesse-oiseau est complémentaire, mais non contraire, de la Déesse-poisson. Elles sont indissociables. Oiseau et poisson sont deux épiphanies d’une même divinité sous deux aspects différents. Nous aurons l’occasion de les retrouver tout au long de cet ouvrage.
@Catherine Pierdat
 

[1] L’astérisque (*) accolé au nom d’un poisson indique que le symbolisme de celui-ci a été traité dans le chapitre « Divers poissons ».
[2] GIMBUTAS, Marija, Le langage de la déesse, Des femmes, Paris, 2005, p. 335.
[3] Ibid., pp. 336-337.
[4] Ibid., 2005, p. 286.
[5] Ibid.
[6] Ibid. p. 214.