Blog de Catherine Pierdat, auteure

6. oct., 2021

Symbolisme du boiteux

Le boiteux est bancal. Boiter est le contraire de marcher droit. Le boiteux marche de travers, à moins qu’il ne se serve d’un bâton pour rétablir l’équilibre.
Le Sphinx posa cette énigme à Œdipe : « Qui marche à quatre pattes le matin, à deux pattes à midi, et à trois pattes le soir ? ». Œdipe répondit : « l’homme » et c’était effectivement la bonne réponse. Enfant, il se traîne à quatre pattes, puis il marche sur ses deux pieds, et, à la fin de sa vie, l’homme vieux et infirme s’aide d’une canne. Comme le boiteux, le vieillard est bancal, il a besoin d’une troisième jambe pour avancer droit. Ces trois « jambes » sont à rapprocher du symbolisme du Trépied, du Caducée, et des Trois Piliers maçonniques (à ne pas confondre avec les deux colonnes d’airain). Tous sont des représentations symboliques de l’affrontement de deux forces contraires équilibrées par une troisième force qui stabilise l’ensemble.

Les mythes

Les mythes antiques mettent en scène des héros et des dieux boiteux. Dionysos, Héphaïstos, Harpocrate boitent. Jason dans sa quête de la Toison d’or, devient boiteux en perdant sa sandale gauche après avoir aidé Héra déguisée à traverser une rivière en crue. Héra, en échange, lui accorda sa protection [1]. Œdipe boite également, et il est fils d’un gaucher et petit-fils d’un boiteux [2]. Héphaïstos (Vulcain pour les Latins) est décrit dans l’Iliade (XVIII, 412) comme un être monstrueux, laid et bancal. Il est forgeron. Il possède la connaissance du Feu intérieur — donc de l’alchimie —. Il est devenu boiteux après un corps à corps avec Zeus, son père, qui le précipita hors de l’Olympe, sur la terre. Héphaïstos devint le maître du feu, maître de la Forge. De la matière brute, le fer informe et disgracieux, et à l’aide du feu dont il possède le secret depuis son combat et sa chute, il façonne des armes admirables, des glaives, des sceptres et des boucliers pour les dieux. L’estropié, le difforme, se reconstruit lui-même quotidiennement dans le monde souterrain où couve le feu sacré.
Héphaïstos, lorsqu’il est sous terre, symbolise le soleil d’hiver dont la plus grande partie de sa course se situe sous la ligne d’horizon. « En symbolique, boiter, c’est être faible, c’est finir ou commencer » [3]. Le soleil devient faible à partir du solstice d’été jusqu’au solstice d’hiver qui est la nuit la plus longue de l’année. Alors, jeune nouveau-né, le soleil commence sa course ascendante et, de plus en plus fort, il culmine au solstice d’été, dernier jour avant sa lente descente hivernale.

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